Ca fait 2 ans que mon pote Pascal m'a recontacté sur Facebook, et je crois bien que j'ai besoin de parler de ça.

Dans mes souvenirs, mon amitié avec Pascal remonte à la maternelle, sur la photo de classe de 3eme section de maternelle, on est tous 2 présents. J'avais envie de lui parler, qu'il soit mon copain, et ça s'est fait. C'est une des joies de mon enfance. Après, on ne s'est pas toujours retrouvé dans la même classe à l'école primaire, mais on passait des moments ensemble à la récré, jouer aux billes, ou faire des conneries avec son grand frère Gérald. Une dont je me rappelle, c'est une récré où il pleuvait, et j'ai couru au milieu de la cour en criant. La directrice de l'école m'a alors hurlé dessus pour me faire prendre conscience que j'étais le seul au milieu de la cour sous la pluie. Un autre souvenir, c'est dans le train vers Rocamadour, c'était un train de nuit, et j'avais fait nuit blanche dans le train à raconter des conneries. Enfin, la vie était belle, il habitait un peu plus loin dans ma rue, et on rentrait ensemble de l'école, on se racontait nos vies, il avait une amoureuse. Et c'est là qu'est arrivé le drame. Du jour au lendemain, il a disparu.

Je ne sais plus combien de temps après, sans trop de nouvelles, à part que visiblement, sa mère et lui étaient partis loins, qu'un après midi de sport, en allant faire de l'endurance, Laure, son amoureuse n'arrivait pas à trouver son pouls, et là j'ai dit : "c'est normal elle a le coeur brisé". En fait, moi aussi. J'avais 9 ou 10 ans. Quand mon frère chantait "Coco", c'est l'histoire d'un copain qui s'appelait coco. Le seul fait d'employer le passé dans cette phrase me faisait pleurer.

Sans nouvelles, les plaies de l'enfance se referment, et Patrick Bruel qui disait rendez-vous dans 10 ans me donnait de l'espoir. De nouvelles rencontres, de nouveaux amis, au collège, puis au Lycée. Je ne sais pas comment cela s'est fait, mais une camarade de classe avait connu Pascal et son frère, visiblement plus son frère que Pascal, qu'elle décrivait comme un petit con. Je n'ai pas poussé trop loin l'investigation, elle venait de loin, ne semblait pas réellement en savoir beaucoup plus.

Je me suis inscrit sur CopainsDavant, sur Facebook, mis en ligne avec un blog, cherché un peu sur Google, mais avec un nom comme le sien, pas facile de le retrouver, j'espérais donc qu'il me retrouve, lui. Et c'est ce qui s'est passé, voilà 2 ans !!!

Il m'a contacté donc, on a parlé un bon moment sur Facebook, on a échangé quelques souvenirs, demandé quelques nouvelles et convenu de nous revoir. La prochaine fois que je remonterais voir ma mère, je le recontacterais et on essaierait de se voir. Ce qui fut fait. Forcément le moment fut un peu étrange. Cet ami disparu pour moi n'était plus celui que j'avais fini par idéaliser. Heureusement le décalage n'était pas si important, et la soirée s'est bien passée. SImplement, j'ai beau vouloir croire que je n'ai pas changé, ce qu'on attend d'un ami quand on a 10 ans, n'est plus ce qu'on attend d'un ami 30 ans après s'être rencontrés. Surtout, en apprenant l'histoire, que sa mère est effectivement partie du jour au lendemain, arrachant ses enfants à leurs amis, que le moment a du être bien difficile, que lui a finalement bien plus souffert que nous, que moi. Pof, blackout.

C'est triste, mais cette enfance qu'on aurait pu vivre, elle est définitivement perdue, je n'aurais sans doute pas grand chose à voir avec ce que je suis maintenant, et c'est assez troublant. L'influence de son départ sur le reste de ma vie est loin d'être anodine, l'influence de sa réapparition aussi. Ces événements du passé étaient enfin expliqués, cet étape dans ma vie, je ne suis pas sûr d'en avoir pris conscience, je n'ai jamais eu le courage en tout cas de l'écrire. Alors qu'en vérité ça m'a réellement touché.

Donc merci Pascal pour le courage que tu as eu de me recontacter, et désolé d'avoir mis tant de temps à donner de mes nouvelles.