Huit ans après mon père, c'est Johnny qui a rejoint le ciel. Je ne peux pas dire que j'avais attendu ce moment là, mais quand mon père a découvert qu'il avait un cancer, Johnny avait aussi rejoint l'hôpital, et on avait dit à Papa, tu peux pas mourrir, Johnny est pas mort.

C'est long huit ans. J'ai sans doute beaucoup changé depuis ce temps là, mais je n'ai toujours pas rencontré la femme de ma vie, et du coup, j'ai l'impression de n'avoir rien accompli. Je m'étais pourtant dit en arrivant à Grenoble que je ferais quelque chose ici. Cela faisait un moment que j'avais envie de quitter Paris, mais la maladie de mon père m'avait incité à rester plus longtemps près des miens. Maintenant, je suis loin, je les vois bien peu souvent, une ou deux fois l'année. Alors oui, j'ai changé, car je ne sais plus trop bien où je vais.

Même si mes billets de blogs reflètent souvent ma nature un peu déprimée, pour justement exorciser ce côté de moi que je n'aime pas trop, cette part de moi qui me tire vers le bas, qui m'incite à la paresse, à l'inaction pour ne pas avoir à subir le vent de la vie, j'ai par ailleurs une foi dans la nature humaine, c'est à dire en l'envie de vivre et d'aimer qui anime chacun de nous.

Il fait froid dans cet appartement, mes journées sont pareilles aux précédentes et s'enchaînent et m'enchaînent, moi aussi, finalement, depuis que j'ai fait le pari de me ranger des voitures et de trouver un CDI dans une grosse boite. Non, on ne peut pas dire que je sois heureux, parce que j'ai peur.

J'ai peur de la vie, peur de me faire du mal, peur aussi de grandir, d'avoir des responsabilités, peur de perdre mes amis, qui s'en vont chacun leur tour sur le chemin de la vie. Même quand je suis avec eux, j'ai peur de leur parler, de leur dire ce que j'ai sur le coeur, parce que si je ne suis pas heureux, je ne suis pas non plus malheureux, juste un peu fatigué, un peu trop seul, un peu trop à l'arrêt.

La peur que j'ai, elle n'est pas d'un danger immédiat, mais d'un danger futur. Peur de devenir gros, de finir vieux garçon, de ne pas devenir président de la république, de ne pas m'engager assez dans des assos pour faire vraiment bouger les choses, de trop m'engager dans des assos pour y perdre une chance de devenir quelqu'un d'autre.

C'est très impudique ce que j'écris là, et pourtant, cela reste maîtrisé, car j'ai peur aussi de dire des choses qui me rendrait trop vulnérable, et je suis triste de ne pas savoir si je suis lu ou non, je sais que ce que je dis ne peut guère susciter de réaction.

Voilà, je vais voir si je peux réécrire une fois cette année ou non...